Mégafeux de Gironde 2026 : combien ça coûte vraiment ? Ce que l'incendie de Landiras nous a appris en 2022
Par Rédaction E.T Editalent, publié le 2026-07-24.
Contenu partiellement rédigé par l’IA.

Mégafeux de Gironde 2026 : combien ça coûte vraiment ? Ce que l'incendie de Landiras nous a appris en 2022
En bref. Les feux de l'été 2022 en Gironde et dans les Landes ont brûlé plus de 30 000 hectares, généré au moins 15 millions d'euros de surcoût pour le seul SDIS 33 et provoqué la reconnaissance officielle d'un « sinistre de grande ampleur » par le ministère de l'Agriculture. Quatre ans plus tard, avec les mégafeux de Saumos et l'évacuation du Cap-Ferret des 22-24 juillet 2026, la question du coût revient, et il ne se lit pas seulement dans les hectares.
Ce que 2022 a coûté, en chiffres officiels
Deux incendies simultanés déclarés le mardi 12 juillet 2022, l'un à Landiras, l'autre à La Teste-de-Buch, ont fait basculer le massif des Landes de Gascogne dans une crise inédite. Le retour d'expérience piloté par la préfète de Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio (RETEX incendies Gironde et Landes, octobre 2022) parle d'une crise « hors normes compte tenu de l'ampleur, de la durée et de la simultanéité de ces feux ».
Quelques repères chiffrés vérifiés :
- Surcoût opérationnel pour le SDIS de la Gironde : « autour de 15 millions d'euros », indiqué par Jean-Luc Gleyze, président du SDIS 33, dans Sud Ouest le 20 septembre 2022.
- Reconnaissance de sinistre de grande ampleur : arrêté du 6 octobre 2022 (NOR AGRT2226081A, JORF du 13 octobre 2022) pris au titre du code forestier, articles L. 312-5 et L. 312-10.
- Pertes en bois sur pied : témoignage documenté par Le Parisien (28 juillet 2022) d'une propriétaire à Origne parlant de « 143 000 euros de bois prêt à être coupé » perdus sur 10 hectares.
- Économie locale à l'arrêt : à Hostens, le domaine départemental fermé depuis le 16 juillet ; les entreprises du secteur tiraient publiquement la sonnette d'alarme début septembre 2022 (Sud Ouest, 5 septembre 2022).
Ces chiffres, souvent cités séparément, dessinent la facture d'un feu qui n'est jamais uniquement une facture de secours.
Les quatre lignes de la facture d'un mégafeu
Un incendie de forêt d'ampleur cumule des coûts qui se répartissent, grosso modo, en quatre postes.
1. La lutte elle-même. Moyens aériens (Canadair, Dash, hélicoptères bombardiers d'eau), colonnes de renfort venues de toute la France et parfois d'Europe via le Mécanisme européen de protection civile, carburant, repas, remplacement de matériel. Les 15 millions d'euros de surcoût SDIS 2022 en Gironde sont, à eux seuls, l'équivalent de plusieurs années d'investissement matériel pour un département moyen.
2. Le bois brûlé et la filière forêt. Le pin maritime des Landes est la ressource économique historique de la région. Un feu détruit à la fois le stock (arbres sur pied à couper), l'outil de travail (forêts en croissance qui ne rapporteront rien pendant 30 à 40 ans le temps d'une nouvelle rotation) et une partie du chiffre d'affaires des scieries et papetiers en aval.
3. Le tourisme. Camping fermé, plage inaccessible, D106 vers le Cap-Ferret coupée, réservations annulées en cascade : sur la presqu'île, l'été concentre l'essentiel de l'activité économique annuelle. Une évacuation, même de 48 heures, se paie doublement, en manque à gagner immédiat et en réputation les saisons suivantes.
4. Les biens privés et publics. Habitations, hangars agricoles, ostréiculture, infrastructures publiques (réseaux, routes, forêt communale). Ces dommages relèvent partiellement du régime « catastrophe naturelle » quand il est déclaré, mais aussi de l'assurance multirisque habitation et du fonds « calamités agricoles » pour les exploitants.
Ce que couvre, et ce que ne couvre pas, l'assurance
Trois dispositifs se distinguent :
- La garantie incendie est présente dans toutes les multirisques habitation. Elle couvre le bâti et le mobilier des particuliers, y compris quand le feu vient de l'extérieur. Elle ne couvre pas la valeur d'un bois sur pied d'une forêt privée.
- Le régime « catastrophe naturelle » (loi de 1982) ne s'applique pas aux incendies de forêt en tant que tels : il faut qu'un phénomène classé (sécheresse par exemple) soit reconnu par arrêté interministériel. C'est un point souvent mal compris par les sinistrés.
- Le fonds de calamités agricoles et la reconnaissance de sinistre de grande ampleur au titre du code forestier permettent d'ouvrir un soutien spécifique aux exploitants, comme en 2022. C'est ce dispositif qui a été déclenché par arrêté du 6 octobre 2022 pour les feux de Gironde et Landes.
Pour les grands propriétaires forestiers, il existe des assurances forêt spécifiques (garantie tempête, incendie, reconstitution), mais leur taux de couverture reste faible en France comparé aux pays nordiques.
Et 2026 ?
À l'heure où cet article est écrit (fin juillet 2026), le feu de Saumos a parcouru plusieurs milliers d'hectares, provoqué l'évacuation totale de la presqu'île du Cap-Ferret le 24 juillet et déclenché l'activation du Mécanisme européen de protection civile. Les données financières définitives ne seront connues qu'à l'automne, avec les retours d'expérience du SDIS et de la préfecture.
Ce qu'on peut déjà anticiper, à la lumière de 2022 :
- Un surcoût opérationnel pour le SDIS 33 potentiellement du même ordre de grandeur qu'en 2022 (15 M€), voire supérieur si la durée d'engagement est plus longue.
- Une nouvelle demande, probable, de reconnaissance de sinistre de grande ampleur au titre du code forestier.
- Un impact touristique concentré sur la période où il fait le plus mal : l'ultra-haute saison du Bassin d'Arcachon.
- Une mobilisation des dispositifs européens (Fonds de solidarité de l'Union européenne, FSUE) déjà utilisée après les feux de 2022 en Nouvelle-Aquitaine, sous condition de seuils de dommages.
Ce qu'il faut retenir
Les mégafeux ne se comptent pas seulement en hectares brûlés. Une saison exceptionnelle comme 2022, et probablement 2026, se traduit par une facture publique de plusieurs dizaines de millions d'euros (secours, dispositifs d'urgence, reconstitution forestière), une perte de valeur privée bien plus élevée sur la filière bois, et un manque à gagner touristique dont la mesure prend souvent plusieurs saisons.
Le vrai débat des mois qui viennent portera moins sur « combien ça a coûté » que sur « qui paie quoi » : État, collectivités, assureurs, propriétaires forestiers, filière touristique. La ligne de partage n'est pas encore stabilisée.
Sources
- Sud Ouest, « Incendies en Gironde : un surcoût autour de 15 millions d'euros pour le SDIS », 20 septembre 2022.
- Ministère de l'Agriculture, arrêté du 6 octobre 2022 portant reconnaissance de sinistre de grande ampleur, JORF n° 238 du 13 octobre 2022 (NOR AGRT2226081A).
- Préfecture de Nouvelle-Aquitaine, Retour d'expérience, Incendies été 2022, Gironde et Landes, octobre 2022.
- Département de la Gironde, Feux de forêt 2022 et évolution de la politique de sécurité civile face au changement climatique, rapport flash, octobre 2022.
- Le Parisien, « Incendie de Landiras : sur 10 hectares, j'ai perdu 143 000 euros de bois », 28 juillet 2022.
- Sud Ouest, « Incendies 2022 en Gironde : les entreprises d'Hostens tirent la sonnette d'alarme », 5 septembre 2022.