Cerfs, sangliers, chevreuils, oiseaux nicheurs : ce que les feux de Gironde font vraiment à la faune et à la flore
Par Rédaction E.T Editalent, publié le 2026-07-24.
Contenu partiellement rédigé par l’IA.

Cerfs, sangliers, chevreuils, oiseaux nicheurs : ce que les feux de Gironde font vraiment à la faune et à la flore
En bref. Après les feux de Landiras 2022 et l'évacuation du Cap-Ferret le 24 juillet 2026, une image reste dans les têtes : celle d'animaux fuyant les flammes. La réalité écologique est plus large, et plus longue. Un mégafeu ne « tue » pas une forêt landaise, il la réinitialise pour trente à quarante ans, avec des gagnants et des perdants inattendus.
Ce qui se passe dans les premières heures : la fuite, et l'invisible
Quand un feu progresse dans un massif de pins maritimes, les grands mammifères (cerfs, sangliers, chevreuils) fuient. Leur mortalité directe reste, la plupart du temps, plus faible qu'on ne le suppose : ils sentent l'odeur, entendent, se déplacent vite, savent traverser la mer par certaines passes du Bassin d'Arcachon. Les cavaliers du Médoc, comme les gendarmes, en croisent régulièrement lors des sorties post-feu.
La mortalité invisible est ailleurs. Elle concerne :
- les jeunes de l'année (faons, marcassins, oisillons non-volants), immobiles ou trop lents ;
- les oiseaux nicheurs, dont les couvées sont détruites, particulièrement en juillet où les nichées tardives sont encore au nid ;
- les reptiles (lézards ocellés, couleuvres) et surtout les amphibiens qui n'ont pas le temps de rejoindre un point d'eau ;
- les insectes et pollinisateurs, dont la mortalité massive n'a d'effets visibles qu'un ou deux ans plus tard, sur la fructification et sur les prédateurs qui s'en nourrissaient.
La sécurité civile et les fédérations de chasse locales organisent, en 2022 comme en 2026, des sorties de terrain post-incendie pour évacuer les animaux blessés, quand ils sont accessibles. La grande majorité des mortalités reste, elle, comptée à l'estime.
Le pin maritime, une essence adaptée… au petit feu
Le massif landais est le plus grand massif forestier d'Europe occidentale. Il est très majoritairement composé de Pinus pinaster, le pin maritime, une essence méditerranéenne adaptée au feu à basse intensité : son écorce épaisse protège l'aubier, ses cônes s'ouvrent sous l'effet de la chaleur, ses graines colonisent rapidement les sols nus.
Mais tout change à partir d'un certain seuil d'intensité. Les mégafeux, ceux qui produisent une colonne convective à 6 000 mètres, générant leur propre vent, brûlent le tronc en profondeur, cuisent les racines superficielles et détruisent les cônes. Passé ce seuil, la régénération naturelle ne suffit plus. Il faut planter.
Les autorités forestières estiment, sur la base des feux de 2022, qu'une rotation complète de pin maritime commercial demande 30 à 40 ans. Autrement dit, un enfant né l'été 2026 aura l'âge de la retraite quand la forêt brûlée cet été sera de nouveau exploitable dans les mêmes conditions.
La biodiversité oubliée : dunes, lagunes, tourbières
Le massif landais n'est pas qu'une monoculture de pin. Il abrite des habitats bien plus rares :
- Les zones humides et lagunes de l'arrière-dune (site Natura 2000), refuges pour la loutre, le vison d'Europe (en danger critique), la cistude, plusieurs espèces d'orchidées endémiques.
- Les tourbières, comme celle d'Hostens, dont la particularité est de brûler sous terre pendant des semaines après un incendie, c'était la « tourbe qui fume encore » de 2022.
- Les dunes grises boisées de la presqu'île du Cap-Ferret, qui abritent le gravelot à collier interrompu, le lézard ocellé, plusieurs espèces d'orchidées et un cortège floristique unique en Europe.
Ces habitats se reconstituent beaucoup plus lentement qu'une plantation de pins. Certains ne se reconstituent pas du tout à l'échelle d'une vie humaine.
Les paradoxes écologiques du feu
Un mégafeu produit aussi, à moyen terme, des habitats nouveaux :
- Les clairières carbonisées favorisent, dès le printemps suivant, des espèces héliophiles qui étaient étouffées par l'ombre du couvert forestier : cistes, bruyères, callunes, immortelles des dunes.
- Certaines espèces d'oiseaux, comme la fauvette pitchou ou le pipit rousseline, dépendent précisément de landes rases et ouvertes que le pin, en poussant, avait fait disparaître.
- La germination de la ciste et de plusieurs plantes méditerranéennes est stimulée par la chaleur du feu.
Ces gains ne compensent pas les pertes, mais ils rappellent que le pire scénario écologique n'est pas un feu, c'est un régime de mégafeux à répétition qui ne laisse plus le temps aux écosystèmes de cicatriser.
Ce que 2026 va aggraver, ce qu'elle peut débloquer
À l'échelle du massif de Gascogne, la double peine 2022-2026 pose une question systémique : la sylviculture landaise, monospécifique et très inflammable, doit-elle évoluer ? Plusieurs pistes déjà discutées :
- Diversification des essences (chêne-liège, chêne pubescent, feuillus en lisière), pour créer des coupures moins inflammables ;
- Pastoralisme de prévention (moutons, chevaux en sous-bois) pour maintenir des paysages plus ouverts ;
- Bandes de coupure DFCI élargies autour des habitations et le long des routes d'évacuation stratégiques comme la D106 vers le Cap-Ferret ;
- Reconstitution assistée avec choix de provenances de pin plus résistantes à la sécheresse, en cours d'expérimentation par l'ONF.
Aucune de ces pistes n'est une solution miracle. Toutes prennent du temps. Toutes coûtent.
Ce qu'il faut retenir
La faune landaise fuit, souvent avec succès pour les grands mammifères, presque jamais pour les jeunes de l'année, les couvées et les invertébrés. La flore, elle, dépend d'un seuil d'intensité : sous ce seuil, le pin maritime est fait pour renaître ; au-dessus, il faut trente à quarante ans pour reconstituer une forêt exploitable, et beaucoup plus pour certains habitats de biodiversité. C'est là que se joue la vraie perte 2026 : pas seulement des hectares, mais du temps.
Sources
- ONF Nouvelle-Aquitaine, dossiers de reconstitution des forêts sinistrées après les feux de 2022.
- INRAE et département Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques, publications sur la résilience du pin maritime aux régimes de feux (2019-2024).
- Ministère de la Transition écologique, réseau Natura 2000, sites du bassin d'Arcachon et de l'arrière-dune landaise.
- Département de la Gironde, rapport flash Feux de forêt 2022 et évolution de la politique de sécurité civile face au changement climatique, octobre 2022.
- LPO Nouvelle-Aquitaine, notes de terrain sur l'impact des feux 2022 sur les espèces nicheuses.