Vidéos des émeutes : comment l’IA aide la justice à identifier les casseurs, et ses limites

Par Rédaction E.T Editalent, publié le 2026-10-18.

Contenu partiellement rédigé par l’IA.

Illustration : Vidéos des émeutes : comment l’IA aide la justice à identifier les casseurs, et ses limites

En bref Les images tournées pendant les violences du 17 octobre vont nourrir les enquêtes. L’IA peut accélérer le tri de milliers d’heures de vidéo, mais l’identification d’un suspect repose sur des règles strictes : la comparaison faciale n’est permise qu’avec le fichier TAJ, dans une procédure judiciaire, et un logiciel a déjà été utilisé hors du cadre légal après les émeutes de 2023. Une image n’est une preuve que si son origine et son intégrité sont établies.

Caméras urbaines, vidéos de commerçants, séquences filmées par des passants et diffusées sur les réseaux : les violences du week-end du 17 octobre ont laissé une masse d’images. Le direct de La Dépêche faisait état de 855 interpellations à Paris selon la préfecture de police. Pour les enquêteurs, la difficulté n’est pas de manquer d’images, mais de les exploiter vite et légalement.

Comment l’IA aide-t-elle à trier les vidéos ?

Le premier apport est le tri. Des logiciels d’analyse vidéo peuvent rechercher dans des heures d’enregistrement un véhicule d’une couleur donnée, une silhouette portant un vêtement précis ou le moment où une vitrine est brisée. Ce travail, fait à la main, mobilise des enquêteurs pendant des semaines.

Ces fonctions de recherche par attributs ne sont pas de la reconnaissance faciale. Elles réduisent le volume à visionner. La qualification d’une infraction et l’identification d’un suspect restent humaines, et l’ensemble s’inscrit dans une procédure placée sous l’autorité du procureur ou d’un juge d’instruction.

Quand la reconnaissance faciale est-elle permise ?

En France, la comparaison faciale à des fins d’enquête n’est autorisée qu’avec les photographies du fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ). En 2024, Next a rapporté la condamnation d’un manifestant identifié par ce biais, alors qu’il portait capuche et masque de ski. L’identification avait combiné l’outil et un examen manuel approfondi.

La limite est réelle : seules les personnes déjà enregistrées dans le TAJ peuvent être retrouvées ainsi. Un émeutier inconnu des services ne sera pas identifié par cette voie. D’autres éléments prennent alors le relais : témoignages, téléphonie, objets saisis, vêtements retrouvés.

Qu’est-ce que l’affaire Briefcam ?

Après les émeutes de l’été 2023 consécutives à la mort de Nahel à Nanterre, la gendarmerie a utilisé illégalement la fonction de reconnaissance faciale du logiciel Briefcam dans au moins un cas, selon un rapport d’inspection rendu public et relayé par BFM Tech. Le média Disclose, à l’origine des révélations, indique que la police a ensuite désactivé cette fonction. Le Club des juristes a analysé ces pratiques comme situées aux frontières de la légalité.

Le précédent compte pour les dossiers du 17 octobre. Une preuve obtenue de façon déloyale ou illégale peut fragiliser une procédure. Utiliser un outil hors cadre ne fait donc pas gagner de temps : il expose l’enquête à une contestation devant le tribunal.

Une vidéo de réseau social peut-elle servir de preuve ?

Oui, mais avec précaution. En matière pénale, la preuve est libre ; le juge apprécie sa valeur. Pour une vidéo trouvée en ligne, il faut établir :

Question Pourquoi elle compte
Qui a filmé ? Pour recueillir le fichier d’origine et un témoignage
Quand et où ? Les métadonnées et le décor doivent concorder
La séquence est-elle complète ? Un montage peut inverser la chronologie
A-t-elle été modifiée ? Une IA générative peut fabriquer ou altérer une scène

Ce dernier point devient central. Nos articles sur les fausses vidéos des blocus lycéens et sur les faux sites de presse dopés à l’IA montrent que des contenus fabriqués circulent en période de tension. Un détecteur peut aider à repérer une manipulation, sans constituer à lui seul une preuve d’authenticité.

Que peuvent faire les témoins et les commerçants ?

Conserver le fichier original, sans le recadrer ni le compresser, et noter l’heure et le lieu exacts. Le transmettre aux enquêteurs plutôt que de le publier avec des visages identifiables : une diffusion publique peut exposer des personnes étrangères aux faits et nuire à l’enquête. Pour signaler un contenu illicite en ligne, la plateforme officielle est Pharos.

Ce dossier complète nos décryptages sur l’IA face aux mouvements de foule, les appels au pillage sur les réseaux et le bilan du 17 octobre. Les journalistes qui travaillent sur ces images peuvent s’appuyer sur notre détecteur de contenus IA et sur notre méthode de vérification avant publication.

FAQ

La police peut-elle identifier n’importe qui sur une vidéo grâce à l’IA ?

Non. La comparaison faciale n’est autorisée qu’avec les photographies du fichier TAJ, dans le cadre d’une procédure judiciaire. Une personne absente de ce fichier ne peut pas être identifiée par cette voie.

Les vidéos filmées par des passants sont-elles recevables ?

Elles peuvent l’être, car la preuve est libre en matière pénale. Le juge apprécie leur valeur, ce qui suppose d’établir leur origine, leur date, leur lieu et l’absence de modification.

Qu’a révélé l’affaire Briefcam ?

Un rapport d’inspection rendu public en 2024 a reconnu au moins un usage illégal de la fonction de reconnaissance faciale de ce logiciel par la gendarmerie après les émeutes de 2023. La fonction a ensuite été désactivée, selon Disclose.

Faut-il publier les vidéos des casseurs sur les réseaux ?

Mieux vaut transmettre le fichier original aux enquêteurs. Une diffusion publique de visages peut viser des personnes étrangères aux faits et compliquer la procédure.

Une vidéo truquée par IA peut-elle tromper la justice ?

Le risque existe, d’où l’importance de remonter au fichier d’origine et à son auteur. Les outils de détection aident à repérer des anomalies mais ne suffisent pas à garantir l’authenticité.

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